Devenir une référence WordPress… puis tout réinventer – avec Alexis Fichou (WP Origami & Copilhost)

Alexis Fichou
Publié le
Podcast Side Project - Paul Calderone
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Alexis Fichou a construit WP Origami, une des chaînes YouTube françaises les plus suivies sur WordPress. Il a aussi créé une école en ligne. Plus de 2 000 élèves y sont passés. Puis il a changé de trajectoire. Il a lancé Copilhost, un hébergeur WordPress.

Son parcours montre une idée simple : vous pouvez bâtir une audience, puis l’utiliser comme levier. Vous pouvez aussi repartir de zéro, même après un pic.

Dans cet épisode, il raconte les coulisses. Il parle de création de contenu, d’infoproduits, de distribution, et de SaaS. Il évoque aussi la réalité d’un hébergeur : infrastructure, DevOps, coûts, support, arbitrages.

Un départ inattendu : financer un film, pas “faire du WordPress”

Alexis ne démarre pas par passion du web. Il vise d’abord le cinéma. Il écrit et tourne des courts métrages. Il rêve d’un long métrage. Il veut le financer lui-même. Puis la réalité le rattrape. Il lui faut des revenus.

Il cherche alors une idée rentable. Il pense à une application mobile fitness. Il tente même un rendez-vous bancaire. Il découvre le “vrai monde”. Les poupées russes commencent : gagner de l’argent pour financer une app, pour financer un film.

En 2017, il tombe sur le dropshipping. Il teste l’e-commerce. Il expérimente. Il apprend. Il pivote. Et, presque par hasard, il arrive à WordPress. Il observe un vide en France. À l’étranger, les tutoriels existent déjà. En français, presque rien. Il “importe” le format.

Le moteur initial n’est donc pas l’amour du CMS. C’est une stratégie. Alexis le dit sans détour : la passion est arrivée après. Son cerveau s’est adapté. Il a passé des heures quotidiennes sur WordPress. L’attachement s’est construit avec la pratique.

Créer WP Origami : la croissance lente, sans “déclic magique”

De l’extérieur, WP Origami semble “énorme”. De l’intérieur, Alexis décrit un processus progressif. Pas de révélation soudaine. Pas de succès instantané. Juste des années de régularité.

Il rappelle un point crucial : une photo prise cinq ans plus tard trompe souvent. Le volume, les élèves, le chiffre d’affaires, tout a évolué par paliers. Il cite un avant/après marquant : passer d’environ 2 000 € à 8 000 € de chiffre d’affaires mensuel. Ce genre de saut crée un choc psychologique. Mais il ne transforme pas une entreprise du jour au lendemain.

Il insiste aussi sur une distinction importante : entreprise versus gros freelance.
Il se voit longtemps comme un “freelance malin”. Il utilise un effet de levier via son nom, ses contenus, son catalogue. Pour lui, une vraie entreprise aurait impliqué plus de formateurs, plus de délégation, et une machine qui tourne sans lui.

Cette nuance compte, surtout si vous vendez des formations. Vous pouvez générer beaucoup de revenus. Vous pouvez aussi rester dépendant de votre présence.

YouTube : une “usine” à tutoriels… portée par une thématique infinie

Plus de 500 vidéos en six ans. Alexis nuance : il y a aussi des shorts. Mais le volume reste impressionnant. Comment tient-il ce rythme ?

Sa réponse est pragmatique : le format tutoriel facilite l’idéation. WordPress possède des milliers d’extensions. Chaque plugin devient un sujet. Chaque besoin devient une vidéo. La créativité vient presque “mécaniquement”.

Côté organisation, Alexis décrit un fonctionnement plus chaotique qu’on l’imagine. Il a batché, oui. Il a déjà tourné plusieurs vidéos d’affilée. Mais il retombe souvent dans le mode “une vidéo pour demain”. Il explique pourquoi : YouTube est moins central dans sa bande passante actuelle.

Il évoque aussi les limites du batching. Vous gagnez en productivité. Vous perdez parfois du “flow”. Vous vous éloignez de l’artisanat. Vous perdez le lien direct avec la matière. Et vous réagissez moins vite à l’actualité.

Qualité de production : utile, mais rarement décisive

Son passé audiovisuel ? Il relativise. Il juge ses premières vidéos médiocres sur le plan image. Il a amélioré la prod plus tard. Mais il observe un fait : la qualité technique ne fait pas tout.

Il a démarré avec la webcam d’ordinateur et un micro basique. Ça a marché. Pourquoi ? Parce qu’il y avait un manque. Parce que les gens avaient besoin de tutoriels.

Il utilise une notion clé : product–market fit.
Tant que vous comblez un vide, vous pouvez réussir avec une production simple. La clarté, la pédagogie et l’utilité comptent plus que la caméra. La preuve : certaines de ses vidéos les plus performantes étaient tournées dans des conditions imparfaites.

Le contenu gratuit ne cannibalise pas : il augmente la confiance

Alexis a publié de longues vidéos “formation complète” de plusieurs heures. Elles ont très bien performé. Une vidéo a frôlé 700 000 vues. Elle a servi de locomotive. Elle a tracté la chaîne au démarrage.

La question logique arrive : “Le gratuit ne tue-t-il pas le payant ?”
Il répond non. Au contraire, le gratuit renforce la perception de valeur. Les gens se disent : “S’il donne autant gratuitement, la formation doit être encore plus dense.”

Il parle aussi de “surenchère”. Sur YouTube, l’attention coûte cher. Vous devez souvent produire un contenu plus ambitieux que la moyenne. Il utilise une image : devenir le “Transformers 12” de votre marché. Pas pour faire du bruit. Pour sortir du lot.

Et la différence concrète entre YouTube et les formations ? Elle est simple : la profondeur. Sa vidéo gratuite fait trois heures. Une formation payante peut faire quinze heures. Dans l’apprentissage d’une compétence, la quantité joue aussi. Le client veut sentir qu’il “en a pour son argent”.

L’obsolescence : le vrai problème des formations WordPress

Alexis met le doigt sur une contrainte lourde : WordPress évolue. Les plugins changent. Les interfaces bougent. Une formation tournée il y a trois ans peut devenir périmée.

Contrairement à des formations plus “evergreen”, son catalogue doit être rafraîchi. Certaines formations durent plus longtemps, comme celles sur le freelancing. D’autres vieillissent vite, comme la création de site.

C’est une fatigue. Vous répétez. Vous refaites. Vous mettez à jour. Cette pénibilité influence sa décision : il stoppe la création de nouvelles formations, au moins temporairement. Il conserve un catalogue vendable. Mais son focus bascule ailleurs.

Pourquoi lancer Copilhost : capitaliser sans se disperser

L’idée d’un hébergeur revient par vagues. Alexis la repousse. Trop complexe. Trop ambitieux. Puis un développeur le contacte. Il lui propose de créer un hébergeur ensemble. Alexis refuse la collaboration. Mais l’idée s’enracine.

Il cherche un “après” aux formations. Il veut construire un héritage différent. Plusieurs options existent : plugin, SaaS, service, hébergement. Il cite aussi des exemples de produits WordPress qui ne sont pas des hébergeurs.

Un déclic vient de sa propre maquette. Il imagine un hébergeur plus simple. Moins de frictions. Un bouton, et le site WordPress se crée. Une interface claire. Moderne. Presque “Apple” dans l’approche. Cette vision l’enthousiasme.

Ensuite, il s’entoure. Il cherche sur LinkedIn. Il enchaîne les rendez-vous. Il trouve un CTO. Il forme une équipe. Et il code pendant environ un an avant lancement.

Hébergeur WordPress : qu’est-ce que “spécialisé” veut dire ?

Un hébergeur sert à rendre un site accessible 24/7. Il fournit un serveur, donc un ordinateur sans écran. Certains hébergeurs se disent “spécialisés WordPress”. Parfois, c’est surtout marketing. Parfois, c’est réel.

Chez Copilhost, la spécialisation est stricte : vous n’hébergez que WordPress. L’optimisation, les choix techniques, les fonctionnalités, tout vise ce CMS. L’équipe pense WordPress en permanence.

Se différencier dans un marché concurrentiel : distribution, simplicité, fonctionnalités

Alexis observe un secteur saturé. Pourtant, il voit un avantage décisif : la distribution. Il a une audience. Il a des “pignons sur rue”. Il envoyait des clients vers un hébergeur via l’affiliation. Il s’est demandé : “Pourquoi ne pas les envoyer vers moi ?”

C’est la première brique. Elle suffit pour se lancer. Ensuite vient le produit. Il critique un discours répété dans l’industrie : “performance” et “sécurité”. Il entend ça partout, notamment sur des événements WordPress.

Lui veut aller plus loin : proposer des fonctionnalités utiles au quotidien. Des outils de productivité. Des options intégrées qui évitent des extensions. Une interface plus lisible. Des automatismes.

Il cite aussi des fonctionnalités qui l’enthousiasment, comme Radar IA ou Time Machine. Il parle d’une vélocité propre aux petites équipes : décider vite, livrer vite, sans inertie.

Construire un hébergeur : s’entourer, accepter de ne pas tout comprendre

Alexis ne code pas. Il assume une compréhension partielle. Il s’appuie sur un CTO, des développeurs, et un DevOps. Il utilise Google Cloud pour l’infrastructure. Il ajoute une couche logicielle par-dessus : l’interface Copilhost et ses fonctionnalités.

Il souligne un point essentiel : vous ne lancez pas un hébergeur quand vous vous sentez prêt. Vous n’êtes jamais prêt. Vous apprenez sur le tas. Vous progressez par cycles rapides. Vous acceptez l’inconfort. Puis vous grandissez.

Passer à 100% : le choix du focus radical

Pourquoi délaisser WP Origami pour Copilhost ? Alexis répond simplement : le 50/50 ne fonctionne pas. À moitié, tout avance à moitié.

Il décrit aussi le travail passif. Quand vous êtes à 100%, votre cerveau mouline même hors bureau. Vous voyez des opportunités. Vous prenez de meilleures décisions. Vous exécutez plus vite.

Il raisonne en cycles. Les formations étaient un cycle. Copilhost en est un autre. Et il pense déjà à l’après, sans vouloir s’y enfermer quinze ans.

SaaS et priorisation : satisfaire les clients ou attirer les prochains ?

Sur Copilhost, le dilemme est constant. Certaines fonctionnalités ravissent les clients existants. D’autres attirent de nouveaux clients. Les deux ne s’alignent pas toujours.

Alexis rappelle aussi la réalité financière : un hébergeur n’est pas rentable rapidement. Il faut une masse critique. Il faut absorber les coûts d’infrastructure, de sécurité, de performance. Il parle de dépenses importantes, et de contrats techniques coûteux.

Il explique donc sa stratégie actuelle : après une phase centrée sur l’amélioration produit, il bascule vers l’acquisition. Il veut accélérer la croissance. Il veut atteindre plus vite le seuil de rentabilité infra.

Leçon finale : du “freelance malin” à la startup technique

Cet échange montre une trajectoire rare. Vous partez d’un contenu utile. Vous bâtissez une audience. Vous monétisez avec des formations. Puis vous basculez vers un produit technique, lourd, capitalistique, exigeant.

Vous changez aussi de posture. Vous passez du créateur au chef d’orchestre. Vous gérez des arbitrages, du support, de l’infrastructure. Vous investissez. Vous prenez des risques.

Si vous voulez retenir une idée : la distribution ouvre la porte. Mais le produit et le focus font rester.

Alexis Fichou
Article écrit par
Alexis Fichou s’est imposé comme l’une des références françaises autour de WordPress, de la création de sites web et des formations en ligne. Son parcours démarre avec une chaîne YouTube lancée en 2019, puis se structure en 2020 avec la création de WP Origami, une école devenue une marque reconnue pour apprendre WordPress “de zéro” jusqu’à des projets plus avancés (sites e-commerce, espaces membres, sites pour restaurants, etc.).