Vendre ses créations artisanales en ligne – avec Perrine Pinchetti (Tout en créant)

Perrine Pinchetti
Mis à jour le
Podcast Side Project - Paul Calderone
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Vendre un bijou, une pochette cousue main ou une tasse en céramique ne ressemble pas à vendre une formation. Vous ne livrez pas un simple objet. Vous transmettez une histoire, un geste, une intention.

Pourtant, beaucoup d’artisans et d’artisanes se sentent bloqués au moment de commercialiser leurs créations. Le produit est superbe. La photo est correcte. Mais les ventes restent irrégulières.

Dans cet épisode de podcast, Perrine Pinchetti, fondatrice de Tout en créant, partage une approche claire : un marketing doux, plus relationnel que agressif. Elle accompagne surtout des créatrices du fait main à structurer leurs ventes en ligne, sans se forcer à suivre des codes qui les épuisent.

Voici une version “article SEO” de l’échange, avec des conseils concrets pour vendre ses créations artisanales sur internet.

Comprendre ce que vous vendez vraiment

Quand quelqu’un achète une création artisanale, il achète rarement “un produit” au sens industriel. Il achète :

  • Une pièce façonnée avec soin
  • Une patte, un style, une signature
  • Une expérience de commande et de réception
  • Une relation avec la personne derrière la marque

Perrine insiste sur ce point : on n’achète pas “un bijou” à une enseigne. On achète “un bijou à Hélène”. Le lien change tout. Il crée de la confiance. Il déclenche un coup de cœur.

Cette logique modifie votre communication. Vous ne cherchez pas seulement des arguments. Vous cherchez à créer de l’attachement.

Choisir un produit qui se vend : la question n’est pas le “quoi”

Beaucoup se demandent : “Est-ce que les bijoux se vendent mieux que la maroquinerie ?” Ou : “Est-ce que la couture marche encore ?”

La réponse de Perrine est simple : ce n’est pas le domaine qui fait la différence. C’est votre différenciation, comme on l’explique dans une formation en e-commerce.

Oui, il existe des tendances (cf mon article : quel produit vendre en e-commerce ?). Les modes circulent vite. En bijoux, certaines formes deviennent virales. En couture, certains accessoires explosent. Profiter d’une tendance peut aider. Mais vous n’êtes pas obligé de courir derrière chaque vague.

En revanche, vous devez éviter le piège du produit banal. Perrine cite le zéro déchet : au départ, c’était rare. Ensuite, l’offre a envahi les plateformes. Quand un article devient interchangeable, le prix devient le seul critère. Et là, vous perdez face au low cost.

Votre priorité : trouver votre “twist”.
Votre angle, votre univers, votre touche de folie, votre originalité. C’est sur ce sujet qu’il faut se lancer en e-commerce.

Se différencier : spécialisation, style, signature

Se démarquer ne veut pas dire inventer un objet impossible. Vous pouvez vous différencier en travaillant :

  • Votre esthétique : couleurs, matières, finitions
  • Votre thème : un imaginaire précis, une inspiration forte
  • Votre spécialité : un seul type d’article, décliné
  • Votre technique : une méthode identifiable
  • Votre promesse : cadeau parfait, personnalisation, série limitée

Perrine donne des exemples parlants : une créatrice qui fait uniquement des doudous plats, une autre qui grave des cuillères avec des messages. Cette spécialisation aide le public à vous associer à une idée claire. Vous devenez mémorable.

Oui, la spécialisation frustre parfois les profils très créatifs. Mais elle facilite la vente. Elle réduit la confusion. Elle renforce la cohérence de votre boutique.

Pièces uniques, petites séries, sur-mesure : quoi choisir ?

En artisanat, vous naviguez souvent entre trois modèles :

1) La pièce unique

Elle crée une rareté naturelle. Elle déclenche une urgence saine : “Si je ne l’achète pas maintenant, je ne retrouverai pas exactement la même.”

Certaines matières imposent ce modèle. La résine, par exemple, produit des variations. D’autres artisans choisissent ce modèle pour son impact marketing.

2) La petite série

Vous répétez un modèle en quantité limitée. Vous pouvez mieux optimiser votre temps. Vous sécurisez vos marges. Vous facilitez les réassorts.

3) Le personnalisé

La personnalisation est un atout du fait main. En couture, c’est fréquent : tissu, coloris, taille, broderie. Vous augmentez la valeur perçue. Vous renforcez la relation.

Vous pouvez aussi utiliser un système “portes ouvertes / portes fermées”. Vous prenez des commandes pendant une période courte, puis vous fermez pour produire. Cela cadre votre planning. Cela évite la surcharge.

La logistique : stock, colis, expéditions

Oui, vendre des objets implique une logistique réelle : emballage, étiquettes, transporteur, suivi. Beaucoup d’artisans gèrent tout seuls. Souvent, ils déposent leurs colis à La Poste.

Mais cette contrainte devient aussi une force. Un colis artisanal n’est jamais neutre. Vous pouvez créer une expérience :

  • Papier de soie, carte, sticker, mot manuscrit
  • Petit bonus : thé, bonbon, échantillon
  • Emballage soigné et cohérent avec l’univers

Le client paye aussi ce soin. Il reçoit un moment. Vous pouvez transformer l’envoi en rituel. Et ce rituel fait revenir.

Le marketing doux : vendre sans forcer

Perrine parle de marketing doux, humain et joyeux. Concrètement, cela signifie :

  • Privilégier la relation plutôt que la pression
  • Éviter les injonctions agressives
  • Refuser la promo permanente
  • Miser sur le lien, la confiance, la transparence
  • Garder une touche créative dans la communication

Dans l’artisanat, le récit compte. Montrez votre atelier. Montrez la fabrication. Montrez les étapes. Partagez le processus. Vous donnez du contexte. Vous augmentez la valeur perçue. Vous rendez la création vivante.

Oubliez le “client idéal” au sens classique

Perrine déconstruit un mythe fréquent : le “client idéal” version marketing traditionnel. Dans l’artisanat, les gens n’achètent pas toujours pour résoudre un problème rationnel. Ils achètent souvent pour une raison très simple : c’est beau.

Vous vendez des coups de cœur. Vous vendez une émotion immédiate. Une photo réussie, une mise en scène, une histoire courte peuvent déclencher l’achat.

Cela ne veut pas dire que votre cible n’existe pas. Cela veut dire que vous n’avez pas besoin de forcer un discours psychologique artificiel. Vous pouvez rester simple.

Fixer le bon prix : calculez, puis assumez

La tarification est une douleur classique. Beaucoup regardent les concurrents. Ils s’alignent. Ils sous-évaluent leur travail. Ils deviennent non rentables.

Perrine recommande une méthode directe :

  1. Calculez le coût matière
  2. Ajoutez les charges : outils, électricité, consommables
  3. Mesurez le temps réel avec un chrono
  4. Appliquez un taux horaire décent, au minimum un équivalent SMIC
  5. Ajoutez une marge pour vivre et investir

Le vrai blocage arrive après le calcul : assumer le prix.

Vous entendrez toujours “c’est trop cher”. Peu importe votre tarif. Votre objectif n’est pas de convaincre tout le monde. Votre objectif est d’attirer les personnes qui valorisent l’artisanat.

Un repère mental aide : vendre à 50 € plutôt qu’à 10 € change votre vie. À 10 €, vous devez vendre cinq fois plus. Cela épuise. Cela surcharge. Cela réduit la qualité.

Faut-il absolument être sur Instagram ?

Non. Et cette réponse soulage.

Vous pouvez vendre :

  • Via des marchés
  • Via des boutiques partenaires
  • Via une marketplace artisanale
  • Via une newsletter
  • Via des collaborations et événements en ligne

Instagram peut aider, mais ce n’est pas une obligation. L’important est de choisir un canal que vous supportez dans la durée. Si vous détestez les marchés, n’en faites pas. Si vous détestez les réseaux, construisez autrement.

La newsletter : un levier sous-estimé pour l’artisanat

Perrine mise beaucoup sur l’emailing. Elle observe un fait simple : peu d’artisans envoient des newsletters, alors que cela fonctionne très bien.

Pourquoi ? Parce que la newsletter crée un lien direct. Elle ne dépend pas d’un algorithme. Elle permet de raconter, montrer, annoncer, inviter.

Même avec une petite liste, les résultats surprennent. Perrine évoque des ventes dès 30 abonnés. L’email déclenche des commandes, car le lecteur reçoit un message intime, régulier, humain.

Pour rendre une newsletter efficace :

  • Racontez une scène d’atelier
  • Partagez une étape de création
  • Montrez une nouveauté sans insister
  • Annoncez une ouverture de commandes
  • Invitez à répondre pour créer une conversation

L’objectif n’est pas de “pousser”. L’objectif est de nourrir le lien.

Trouver des clients : collaborations, bundles, sommets

Pour attirer de nouveaux prospects, Perrine utilise surtout des collaborations. Elle participe à des événements collectifs : bundles, sommets, semaines thématiques.

Le principe est simple : vous intervenez avec d’autres créateurs ou formateurs qui parlent à la même cible. Vous ne proposez pas la même chose. Vous êtes complémentaires.

Exemples de partenaires pertinents :

  • Photo produit pour artisans
  • Identité visuelle et branding
  • Organisation d’atelier
  • E-commerce et fiches produit
  • Gestion, administratif, expédition

Les collaborations vous donnent une audience “déjà chauffée”. Elles accélèrent votre visibilité. Elles augmentent votre liste email.

Montrer son visage : non, mais montrez votre humanité

Vous n’avez pas besoin de vous filmer en permanence. Mais vous devez rendre votre marque vivante.

Vous pouvez montrer :

  • Vos mains au travail
  • Votre table d’atelier
  • Vos outils
  • Des détails de matière
  • Votre prénom, votre voix, votre ton

Écrivez “je”. Assumez votre singularité. Évitez le “nous” si vous êtes seul. La proximité vend mieux que la posture corporate.

Gérer les doutes : le passage à l’action et le collectif

L’entrepreneuriat secoue. Les ventes fluctuent. Les émotions montent. Perrine partage deux ancrages :

  • Le passage à l’action : vous avancez malgré la peur
  • Le soutien : un groupe de pairs aide énormément

Elle rappelle une définition utile : le courage n’est pas l’absence de peur. C’est agir malgré la peur.

Avoir un petit cercle d’entrepreneurs du même univers aide à relativiser. Vous échangez. Vous débriefez. Vous rebondissez plus vite.

Organisation : trois priorités par jour, pas plus

Avec un bébé et une activité dense, Perrine évite les plannings rigides. Elle garde une règle simple : chaque matin, elle choisit une à trois priorités de fond. Pas des micro-tâches. Des actions qui font avancer l’entreprise.

Exemples :

  • Écrire une page de vente
  • Préparer une conférence
  • Structurer une nouvelle formation
  • Améliorer une offre existante

Quand ces trois points avancent, la journée est réussie. Le reste peut attendre.

L’image des “lapins” : gérer plusieurs offres sans s’éparpiller

Perrine utilise une métaphore inspirante : chaque offre est un “lapin”. Vous faites avancer vos lapins par petits sauts. Un lancement est un saut. Une amélioration est un saut. Un contenu stratégique est un saut.

Vous pouvez garder certaines offres en “repos rentable”. Elles se vendent encore, même sans action constante.

Cette image aide à :

  • Limiter les chantiers en parallèle
  • Choisir un sprint sur une période courte
  • Avancer sans vous épuiser

Conclusion : vendre artisanal, c’est relier, pas harceler

Pour vendre vos créations artisanales en ligne, vous n’avez pas besoin de copier le marketing agressif. Vous avez besoin de :

  • Différenciation claire
  • Prix calculé et assumé
  • Mise en valeur visuelle
  • Relation nourrie dans la durée
  • Canaux choisis selon votre énergie
  • Storytelling d’atelier, authentique et simple

Le fait main a un avantage immense : il touche. Il raconte. Il relie. En assumant votre style et votre humanité, vous transformez vos produits en coups de cœur.

Et c’est souvent là que les ventes commencent.

Perrine Pinchetti
Article écrit par
Perrine Pinchetti est entrepreneure, coach et formatrice spécialisée dans l’accompagnement des créateurs et créatrices de produits faits main. Elle aide principalement des artisanes indépendantes à transformer leur talent créatif en une activité viable, sans renoncer à leurs valeurs ni à leur sensibilité.